Show don’t tell : comment l’utiliser efficacement ?
« Show don’t tell » est l’un des conseils scénaristiques de l’on entend aujourd’hui le plus et devenu un mal-aimé des auteur.ices.
La raison ? Des exemples répétitifs, toujours centrés sur les émotions et aux résultats restrictifs.
Dans cet article, je t’explique comment te réconcilier avec cette technique fondamentale, détachée de ces mauvaises représentations, et comment l’appliquer avec efficacité.
Les fausses idées sur le show
Le show ne doit pas être systématique
Contrairement à ce que la formulation « show don’t tell » laisse penser, le show ne doit pas être utilisé en permanence dans ton récit. Ce serait simplement indigeste.
Montrer prend plus de temps que dire et ce développement n’est efficace que s’il est justifié dans ton récit, ce que l’on abordera dans la dernière partie de l’article.
Le show ne s’arrête pas aux émotions !
Oui, le show peut permettre d’exprimer les émotions de manière incarnée, mais remplacer à tout prix une émotion par une métaphore toute faite peut créer l’effet inverse !
« Elle trépigne d’excitation », « Les larmes cascadent sur ses joues »
Même si l’on comprend l’effet recherché, leur utilisation abusive rendra la narration artificielle et l’on perd l’objectif principal du show : l’immersion.
À noter : utiliser une image (pour décrire une émotion ou autre) n’est donc pas la garantie d’un show efficace.
Sur ce point, je recommande grandement de feuilleter le Dictionnaire des clichés littéraires d’Hervé Laroche qui recense les images les plus conventionnelles avec beaucoup d’ironie :
Flocons (de neige) : virevoltent (c’est leur manière de tomber). Préférer les gros.
Flamboyer : indispensable pour les crépuscules.
Apprendre à utiliser le show
Les différents usages du show
Bien au-delà de communiquer des émotions, le show s’utilise dans plein d’aspects du récit :
- la description,
- la transmission d’informations,
- le discours indirect libre,
- les pensées narratives.
Dans l’utilisation du show, il n’est pas question de développer en détails chaque élément que tu décris, que tu introduis, ou chaque pensée de ton personnage, mais de sélectionner quelques détails fondamentaux.
En description : un ou plusieurs éléments de l’environnement accrocheurs. Par exemple, si tu décris une maison abandonnée, elle sera certes identifiable si tu décris des fenêtres condamnées ou un jardin en friche, mais elle sera plus singulière si tu cherches des détails évocateurs mais moins communs (une boite aux lettres qui pend sur son support, des lignes vertes de mousse entre les pierres, etc).
En introduisant une information : très important quand tu souhaites intégrer ton worldbuilding dans ton histoire, le show permet d’incarner l’information et de la rendre plus mémorable pour ton lectorat. Plutôt que d’expliquer le fonctionnement de ton système magique ou encore la particularité du système socio-politique de ton univers, intègre-les dans des scènes auxquelles ton personnage assiste ou participe.
En discours indirect et dans les pensées narratives : un personnage peut avoir un monologue intérieur, réfléchir à un problème, ruminer des doutes. On est en immersion dans ses pensées. S’il commence à expliquer son raisonnement voire à justifier ses décisions ou l’histoire, tu plonges dans un tell, mal employé.
Une technique qui ne dépend pas d’une formulation
On l’a vu précédemment, créer de l’immersion ne repose pas juste sur une formulation imagée, même si elle est bien tournée et ne reprend pas des lieux communs. Attention quand même à ne pas en faire trop, par soucis d’originalité ou par recherche symbolique ; cela peut vite tourner à l’emphatique, sans raison (et c’est une erreur fréquente dans les manuscrits !)
Par exemple, si l'on veut décrire une robe rouge :
« une étoffe au velours qui cascade sur ses reins comme un torrent de vin ».
À moins que la comparaison soit nécessaire à la scène ou à la caractérisation du personnage, mieux vaut rester concis et précis avec une formule moins lourde :
« une robe de velours grenat »
Le type de vêtement est plus précis, la nuance de rouge est donnée ; quant à l’éventuel mouvement de la robe, il vaut mieux le reporter sur le personnage et sur l’impression qu’il donne, plutôt que d’employer un verbe figé comme « cascader ».
Connecter les usages du show
En réalité, l’efficacité du show dépend de plusieurs points :
- la création d’une ambiance tout au long du récit (une description en show vient renforcer cette ambiance ou créer une rupture, par contraste)
- une connexion entre les différentes utilisations du show (une information incarnée dans une scène participe à l’ambiance, à laquelle le personnage peut réagir en pensée, etc…),
- des interactions entre le personnage et son environnement (pour éviter l’effet de décor figé et de personnage-marionnette guidé uniquement par tes besoins scénaristiques).
Autrement dit, le show ne se construit autant à l’échelle d’une scène que de l’ensemble du récit.
Il est important de rappeler que le show est un outil d’immersion dans l’histoire parce qu’il traduit le plus souvent le regard, l’interprétation ou la réaction d’un personnage face à ce qui l’entoure.
Là où le tell est souvent plus neutre (mais pas toujours), le show développe un regard, celui du narrateur et/ou d’un personnage : sur quels éléments son attention se porte et pourquoi ? quelles pensées suscitent ce qui l’entoure ? comment interagit-il avec son environnement et surtout que révèle cette interaction sur lui à ce moment ?
Le problème que tu rencontres peut-être avec le "show don’t tell" dans la description des émotions vient de ce manque d’interconnexions entre les usages du show : on se focalise sur les expressions et le langage corporel et on oublie le lien entre personnage et environnement.
Petit test : sauras-tu identifier une utilisation efficace du show dans ces trois phrases ?
1) Il fulmine puis laisse sa colère exploser.
2) Il serre les dents pour se contenir, le visage rouge, avant de partir en martelant le sol.
3) Les railleries s’abattent sur lui sans réaction, jusqu’à ce qu’il balance son verre contre le mur et quitte la pièce.
La réponse :
On peut éliminer d’office la première phrase qui n’est pas du show mais du tell (l’émotion est décrite factuellement mais pas incarnée).
La seconde est une forme de show : l’émotion passe par le langage corporel, mais on reste sur des images assez conventionnelles de la colère, peu d’interactions avec l’environnement, et surtout un doublon en tell qui vient assurer la bonne compréhension de l’expression du personnage ("pour se contenir").
La dernière forme a plusieurs avantages : on comprend l’émotion ET sa gradation, jusqu’à l’éclatement. Sa colère agit aussi sur ce qui l’entoure. Sa réaction révèle également beaucoup du caractère de ce personnage, dont la colère s’exprime par une pulsion violente et destructrice.
Cela reste des exemples, qu’il faudrait pour mieux développer plus en détails.
Show AND Tell
Le rôle essentiel du tell
À l’origine, le "show don’t tell" est une technique scénaristique issue du cinéma, invitant à transmettre émotions et informations incarnées dans une scène plutôt que dans un dialogue explicatif ou une voix off.
En littérature, la narration par les mots nécessite de dire davantage. Le tell a sa place et devient même nécessaire lorsqu’on recherche :
- de la rapidité dans l’avancée de l’intrigue,
- de la clarté dans une scène / une information / une description, etc,
- de l’efficacité pour transmettre des informations.
Le tell ne doit pas servir à passer sur des scènes importantes ou à (trop) expliquer son histoire, une erreur fréquente que je rencontre dans la lecture de manuscrits de jeunes auteur.ices.
Le contraste du show et du tell
Garde à l'esprit que, sans l’emploi du tell par contraste, les passages en show perdraient en efficacité.
Quels moment méritent qu’on s’y attarde ? Quelle description, quelle émotion, quelle information ?
Choisir d’utiliser le show ou le tell dépend donc de l’effet recherché.
Alors, l’un contre l’autre, ne les boude pas et fait les travailler en synergie !
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