Histoire de la fantasy : des origines au XXe siècle

par Émeline Sagot | 7 Sep 2026

La fantasy est une littérature de genre moderne, considéré comme l’un des trois piliers de la fantasy. Pourtant, il nous semble qu’elle a toujours existé, inscrivant son histoire dans une longue tradition de mondes et de créatures inventés.

Qu’en est-il réellement ?

Plongeons ensemble dans l’histoire de la fantasy !

 

Chapitre 1 : Origines et inspirations

« Contrairement à l’image qu’elle aime se donner d’elle-même, la fantasy ne descend pas en ligne directe des premiers récits de l’humanité [mais] d’une volonté de s’abreuver à leur source. » (50 questions, la fantasy, Anne Besson)

Voilà l’analyse que propose Anne Besson, spécialiste de la recherche universitaire sur la fantasy francophone.

Plus qu’un genre ancien, la fantasy s’appuie surtout sur des retours vers le passé pour se forger. Autrement dit, c’est un genre moderne, qui trouve ses origines dans un héritage littéraire et imaginaire fort.

 

Inspirations mythiques de la fantasy

La fantasy puise dans un substrat mythologique large (épique, religieux, lyrique, tragique) :

  • les grandes scènes de combat,
  • les figures héroïques,
  • l’importance de l’intervention du merveilleux.

S’il est anachronique de qualifier aujourd’hui les mythes de fantasy, on retrouve un fonctionnement similaire à l’origine : la création de mondes secondaires permettant d’examiner les valeurs de notre monde primaire.

Là où le mythe possède un caractère sacré et donne figure à des représentations collectives, la fantasy ne crée qu’une adhésion temporaire du lectorat en s’appropriant la dimension imaginaire et le sacré de ces mythes, dont l’aura tient justement à leur disparition.

Inspirations dans les contes

En Occident, la fantasy puise dans une long tradition du conte, notamment du conte merveilleux et de son émerveillement enfantin.

Tout comme la filiation entre mythes et fantasy, le conte est l’une de ses principales inspirations en tant que questionnement sur un monde à appréhender, à travers des croyances populaires et des êtres surnaturels.

Si on retrouve des motifs communs (l’orphelin, la quête, les peuples des forêts), le conte se concentre davantage sur une exploration de la psychée.

 

Le phénomène des réécritures

La pratique des réécritures au fil des siècles ont amené des contes (par exemple : La Belle et la Bête) ou des mythes (L’Odyssée) à évoluer et s’adapter aux manières de les raconter.

En ce sens, la fantasy serait l’approche moderne pour raconter le surnaturel, le féérique, le merveilleux.

 

Inspiration médiévale de la fantasy

Dans la littérature médiévale, le merveilleux occupe une place centrale :

  • Les chansons de geste sont directement affiliées aux épopées antiques,
  • La matière de Bretagne est une source d’inspiration vaste, issue des légendes et de l’histoire fantasmée du monde celte.

Le merveilleux hyperbolique, les inspirations religieuses ou encore l’exploration de l’inconnu envahissent la fiction. La transmission de cette matière littéraire est aussi devenue l’un des supports de l’imaginaire moderne.

Néanmoins, il est important de préciser que les auteur.ices de fantasy s’appuient moins sur une connaissance précise de l’époque médiévale que sur l’image construite au fil des récits créés par d’autres auteur.ices.

La (vraie) naissance de la fantasy

La réelle naissance de la fantasy remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle, à l’époque victorienne, en même temps qu’un autre genre : le gothique !

 

Chapitre 2 : Qui a inventé la fantasy ?

En effet, la fantasy est à l’origine un genre littéraire victorien. Au XIXe siècle, la révolution industrielle opère de grands bouleversements au sein de la société anglaise.

Pendant que la littérature réaliste se développe et suit l’urbanisation, les avancées techniques, des auteurs refusent cette modernité exponentielle et la montée du rationalisme. Ils trouvent refuge dans le féérique, le merveilleux ; ils explorent d’autres thèmes et d’autres tons.

 

Un genre victorien

C’est ainsi que nait la fantasy dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en pleine période victorienne et édouardienne.

Elle est précédée de quelques années par une reviviscence des inspirations antiques et médiévales, du terreau imaginaire, qui a donné naissance au genre gothique, dont les grandes figures sont Radcliffe, Shelley, Wilde, Stocker, etc.

Mais là où le gothique explore l’angoisse, la terreur, la monstruosité et les frontières de la moralité, la fantasy puise dans le folklore sous un autre prisme, plus optimiste et rêveur. Elle s’appuie également sur l’essor du mouvement « celtic revival » de la fin du XVIIIe siècle, marqué par la publication de poèmes folkloriques aux inspirations gaéliques (par Walter Scott entre autres).

 

Les premiers auteurs de fantasy

Parmi les grands noms que l’on retient aujourd’hui et qui ont participé à forger le genre de la fantasy, on compte Lewis Carroll, C.S Lewis, Charles Kingsley, Lord Dunsany, Arthur Conan Doyle…

Mais la fantasy ne serait pas ce qu’elle est sans celui qui a initié ce genre (et non, ce n’est pas Tolkien) :

 

William Morris, précurseur de la fantasy

Artiste proche du mouvement préraphaélique, défenseur des marginaux et des femmes, pionnier du design et des arts décoratifs et passionné du Moyen Âge, il a traduit et réécrit des textes fondateurs de la fantasy : l’Iliade et l’Odyssée, l’Énéide, Beowulf, Sigurd the Volsung, etc.

Il met en scène les premiers romans de fantasy : inspiration du Nord médiéval, figures héroïques, appel de l’aventure… Ces œuvres sont des contes initiatiques et dépaysants : Le Pays creux, Le bois au-delà du monde, Le Lac aux îles enchantées…

Il a établi un ensemble de caractéristiques de la littérature surnaturelle sans lesquelles Tolkien n’aurait pas eu la portée qu’on lui connait aujourd’hui.

 

L’âge d’or de la littérature jeunesse

À l’époque victorienne, on commence aussi à valoriser l’imaginaire d’enfance comme un monde à part, un paradis perdu. Cette tradition littéraire s’est perpétuée et développé au XXe siècle jusqu’à nos jours.

Les premières œuvres de fantasy puisent dans cet imaginaire refuge, l’émerveillement et surtout la sensation d’une magie perdue. Wonderland et Neverland, Alice et Peter, plus que tout ont traversé les années en portant leur héritage merveilleux.

Mais si l’imaginaire enfantin a participé au développement des littératures de l’imaginaire, ses précurseurs comme Morris ou Caroll n’auraient pas connu cette renommée, grâce aux rééditions et traductions, sans Tolkien et la révolution de la Terre du Milieu.

 

Chapitre 3 : Que serait la fantasy sans Tolkien ?

Impossible de parler de l’histoire de la fantasy sans laisser un chapitre complet à la météorite Tolkien. S’il n’est pas l’inventeur de la fantasy, son nom reste à jamais attaché à ce genre. Voyons ensemble l’impact de ce géant à l’œuvre pas si canon que ça !

 

In a hole in the ground there lived a hobbit.

Nous sommes en 1937. La BBC a lancé sa première émission de télévision, des femmes s’imposent à travers le monde dans l’aviation, le sport et les arts, et un livre à destination de la jeunesse The Hobbit est en passe de devenir un best-seller.

Pour comprendre cette première publication de Tolkien, il faut revenir au tout début des années 1930.

 

Le club des Inklings

Dans ce club se réunissaient des auteurs venus discuter de leurs textes en cours d’écriture. Parmi eux, entre autres, Tolkien père et fils et C.S Lewis (auteur des Chroniques de Narnia).

Proche de Lewis avec lequel il partage un enfance marquée par la Première Guerre Mondiale et une éducation chrétienne, Tolkien reste son alter ego : plus discret en public, moins célèbre. Mais, grâce aux encouragements de son frère d’écriture, Tolkien publiera The Hobbit.

Soucieux de donner de la place à la mythologie poétique des elfes qu’il explorait dans ses premiers poèmes, autour de 1916-1917, Tolkien s’éloigne de la littérature jeunesse et s’attaque à un format bien plus long que son premier roman. Entre 1954 et 1955, son oeuvre majeure est publiée en trois parties : The Lord of the Rings.

 

Une œuvre qui a dépassé ses intentions

Influencé par les théories du linguiste Barfield, Tolkien a créé la Terre du Milieu pour faire vivre les langues qu’il a inventées, avec toute la crédibilité possible.

Si ses deux romans publiés de son vivant, ont eu tant d’impact, la pérennité de l’œuvre de Tolkien tient beaucoup au travail de son fils, Christopher : jusque dans les années 2020, il a contribué à faire connaitre l’ampleur de la création que son père a passé sa vie à mettre en forme : Le Silmarillion, Les enfants de Hurin…

Au fil des décennies, The Lord of the Rings a fait l’objet de nombreuses lectures :

  • Une allégorie de la guerre après 1945,
  • Un texte catholique,
  • Une plaidoirie pour le pacifisme et l’écologie dans les années 1960,
  • Une invitation à la contemplation aujourd’hui.

Mais Tolkien n’a pas seulement bouleversé la littérature du XXe siècle : les retentissements de son œuvre ont transformé durablement le visage de la fantasy.

 

La fantasy sans Tolkien : canon et réinvention

L’influence du Hobbit et surtout du Seigneur des Anneaux a posé les codes de la « high fantasy » et de la fantasy épique :

  • Une société médiévalisante, dont une caste possède des pouvoirs magiques ;
  • Une quête ou une mission qui appelle au voyage ;
  • Une compagnie de personnages issus de différents peuples ;
  • Une lutte manichéenne du Bien contre le Mal (magie blanche contre magie noire) ;
  • Des rappels continus au passé, au réveil d’anciennes magies.

On reconnait dans l’œuvre de Tolkien un déploiement tentaculaire de son univers, avec une impression de cohérence telle qu’il concurrencerait le réel.

C’est dans cette lignée que s’inscrit la fantasy au XXe siècle : un genre moderne tourné vers la découverte de mondes imaginaires et la création de vastes cycles.

Si Tolkien n’est pas l’inventeur de la fantasy, il en est le réinventeur et celui qui l’a fait découvrir au grand public, avec ses terres vastes et ses personnages inoubliables.

Cependant, il est important de rappeler le caractère singulier de l’œuvre de Tolkien : si elle a posé les codes de la high fantasy, sans lesquels des sagas comme L’Assassin royal, la Roue du Temps, Game of Thrones n’existeraient pas, personne n’a réécrit une fantasy comme Tolkien.

Il est à la fois un canon du genre et une exception.

À suivre !

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