Créer une empathie immédiate pour ton personnage : une alternative au « Save the Cat »
u cherches à attraper ton lectorat et à créer de l’empathie dès les premières pages de ton histoire grâce à un personnage émotionnellement fort ? La méthode « Save the Cat » te permet de créer une sympathie immédiate pour ton protagoniste… mais elle a aussi ses limites. Dans cet article, je te propose une méthode alternative, plus adaptée à des personnages morally grey et moins centrée sur la figure du personnage héroïque.
Il faut sauver le chat…
À quoi correspond réellement cette étape ?
Dans la méthode d’écriture du scénariste Blake Snyder intitulée Save the Cat, le premier acte d’un scénario (soit environ les premiers 10% d’un roman) comporte une scène-clé dans la construction du protagoniste : celui-ci doit effectuer un acte d’humanité, désintéressé. Et cela, avant l’élément déclencheur. Il peut s’agir, littéralement, de sauver un chat (ou un autre animal), mais aussi de protéger un enfant, une personnage âgée, un blessé, etc. Autrement dit, apporter son soutien ou son aide à un être vulnérable. Cet acte n’a pas besoin d’être héroïque, mais doit montrer que le personnage se tourne vers les autres et particulièrement ceux dans le besoin. Un personnage autocentré, sans compassion, risque de ne pas susciter de sympathie pour ton lectorat et cela va exacerber ses défauts. Quelques exemples célèbres :
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- Peter Pevensie dans Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique (protège Edmund sous les bombes) ;
- Harold dans How to train your dragon (épargne et libère Krokmou) ;
- Ashitaka dans Princesse Mononoké (se met en danger pour protéger ses petites soeurs) ;
- Katniss Everdeen dans Hunger Games (se porte volontaire à la place de sa soeur comme tribut) ;
- Jack Sparrow dans Pirate des Caraïbes (sauve Elisabeth de la noyade) ;
- Nausicaä dans Nausicaä de la Vallée du Vent (aide maitre Yupa contre un omu en colère) ;
- Hauru dans Le Château ambulant (vient en aide à Sophie abordée par deux soldats).
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Sur quels mécanismes repose le « Save the Cat » ?
Ce premier contact avec le personnage vise une caractérisation forte et efficace : en exécutant un acte humain et spontané, le lectorat est intéressé par son histoire. L’empathie créée donne ainsi envie de le suivre et de lui faire confiance. La méthode « Save the Cat » repose sur un investissement émotionnel fort, alors que l’histoire n’a pas encore été mise en place, et sur un système de valeurs clair : le personnage est altruiste / courageux / généreux / intègre… Par cette méthode, un.e scénariste/auteur.ice peut résoudre facilement la question de la connexion émotionnelle, complexe à instaurer bien qu’essentielle. Elle a aussi l’avantage d’apporter de la nuance et de la profondeur à un personnage au caractère imparfait (qu’il/elle soit froid.e, solitaire, tranchant.e…)
La connexion avec un personnage est plus forte quand elle repose sur ses valeurs plutôt que sur ses attitudes.
Empathie de valeur vs empathie d’émotions
Si la méthode « Save the Cat » est un outil efficace pour construire un scénario et amorcer l’intrigue de son personnage, elle a aussi ses limites, surtout dans la tendance actuelle où les personnages se veulent plus nuancés et morally grey.
Les limites de la méthode « Save the Cat »
Les limites du « Save the Cat » sont le pendant de ses avantages : parce qu’elle repose sur des valeurs fortes, cette méthode est moins adaptée aux personnages plus nuancés ou plus sombres, qui ne se distinguent pas par leur moralité. Même si le « Save the Cat » peut nuancer un caractère plein de défauts, il ramène le protagoniste à une figure valeureuse, voire héroïque, moins présente dans la fiction actuelle. Pourtant, il est possible de créer de l’empathie autrement :
« Cry over the Boy », l’empathie par la compassion
Si dans tes premières pages, tu cherches plutôt des émotions fortes (voire carrément briser le coeur de ton lectorat), il est possible de créer de l’empathie par la compassion, les émotions du lectorat et la backstory de ton personnage. J’ai nommé cette alternative le « Cry over the Boy » et voici quelques exemples pour la comprendre : (Comme souvent, malheureusement, les exemples sont souvent masculins, mais cette technique n’a pas de genre.)
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- Carl dans Là-haut des studios Pixar : pendant les cinq premières minutes du film, on découvre l’histoire de Carl, passionné d’aventure et qui rêve de devenir explorateur. Cette passion lui fait rencontrer Ellie. Ensemble, ils vont grandir, se marier, vieillir, avec ce rêve d’aller voir un jour les Chutes du paradis en Amérique du Sud. Mais les aléas de la vie, puis la vieillesse et la maladie d’Ellie les rattrapent. Ellie meurt avant leur départ, laissant Carl seul avec un rêve et un amour perdu. (Qui n’a pas pleuré toutes les larmes de son corps devant cette séquence ??)
- Fitz dans L’assassin royal de Robin Hobb : dans le premier chapitre de ce long cycle, Fitz raconte son premier souvenir. Bâtard du futur roi, son grand-père ne veut plus s’occuper de lui et le ramène à la famille royale pour que son père assume sa paternité. À six ans, Fitz ne se souvient pas de son nom de naissance, perd sa famille et plonge dans un monde où il n’est clairement pas le bienvenu.
- Cillian dans L’Epée, la Famine et la Peste d’Aurélie wellenstein : orphelin à deux reprises obligé de mendier, Cillian a d’abord grandi en forêt et cet éloignement des hommes a rendu son apprentissage du langage difficile. Souffrant de bégaiement, il est la cible des autres garçons malgré tous ses efforts pour s’intégrer au groupe et toute sa naïveté.
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Là où le « Save the cat » accroche le lectorat/l’audience par des valeurs communes (générosité, empathie, altruisme), le « Cry over the Boy » repose sur la pitié. Il communique des émotions plus tristes, plus sombres, et implique davantage le lectorat dans les premières pages : plutôt que de se placer du côter de celui/celle qui sauve, on s’attache à celui/celle qui a besoin d’être sauvé ou que l’on veut aider. C’est moins l’attention portée à la vulnérabilité des autres qui crée l’empathie, mais la propre vulnérabilité du personnage. Si le « Cry over the Boy » permet de nuancer des personnages plus gris, comme le « Save the Cat », il expose directement les failles du protagoniste et ne cherche pas à le transformer en figure héroïque.
D’un personnage humain par ses valeurs, on s’attache à un personnage humain par sa souffrance.
Apprendre à utiliser ces méthodes
Dans une méthode comme dans l’autre, leur intérêt réside surtout dans la manière de les utiliser, de les twister… voire de les mélanger ! Un « Save the Cat » n’est pas incompatible avec un « Cry over the Boy » ; c’est presque la situation que l’on retrouve chez Katniss dans Hunger Games (un acte de courage et de souffrance simultané) Selon quel type d’empathie tu cherches à créer dans ton histoire, ces méthodes sont aussi efficaces pour d’autres personnages, secondaires, mais aussi antagonistes : le rendre plus intéressant, plus humain… voir le cacher ! De quoi rendre les premières pages de ton roman marquantes et inoubliables ! À toi de jouer !
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