Motivations, désir, besoins… comment faire la différence ?
L’objectif, les motivations, le désir et les besoins… Voilà des termes que tu as sûrement croisés à de nombreuses reprises dans des conseils d’écriture.
Ce sont des notions de narratologie importantes, mais pas toujours simples à différencier et à appliquer.
Dans cet article, je t’explique comment ne plus les confondre, les utiliser avec efficacité, mais aussi comment s’en détacher.
Je m’appuierai sur trois exemples pour illustrer ces notions :
- Frodon (Le Seigneur des Anneaux, J.R.R Tolkien)
- Truman (The Truman Show, Peter Weir)
- Faolan (Le Dieu Oiseau, Aurélie Wellenstein)
Comment différencier le désir et le besoin ?
Ces deux notions ont été théorisées par John Truby dans son essai L’Anatomie du scénario. Souvent confondues à cause de leur nomination, elles font partie des 7 étapes clés d’une histoire et guident l’arc de transformation du personnage.
La force motrice de ton intrigue : le désir
Le désir du personnage est la force motrice de son histoire et il en a conscience. C’est l’un des premiers points d’accroche du lectorat, car il permet de comprendre vers quoi tend son parcours, son aventure. Emotionnellement, le désir est plutôt neutre.
Le désir de Frodon : accomplir la mission confiée par Gandalf, puis la Fraternité de l’Anneau.
Le désir de Truman : retrouver Silvia et quitter Seaheaven.
Le désir de Faolan : participer à la Quête du Dieu Oiseau et tuer son maitre, Torok.
Le manque de ton personnage : son besoin
À la différence du désir, le besoin du protagoniste reste inconscient pendant une grande partie de l’histoire. Il correspond à un manque dans sa vie, qu’il ne peut combler qu’en dépassant sa faiblesse.
Sa prise de conscience amorce la transformation du personnage. À partir de ce moment, le besoin devient généralement plus important que le désir et son accomplissement vient achever l’évolution du personnage.
Il se divise entre :
- le besoin psychologique : résoudre le problème intérieur causé par sa faiblesse ;
- le besoin moral : réparer une blessure envers une ou d’autres personnes.
Tous deux sont les faces d’une même pièce. À noter que le besoin moral est un outil très intéressant pour nuancer un personnage et éviter de créer un profil trop lisse ou trop parfait.
Concrètement, voilà ce que cela donne dans nos exemples :
Le besoin de Frodon : se découvrir hors des habitudes de vie paisible des hobbits, en partant à l’aventure (besoin psychologique).
Le besoin de Truman : découvrir qui il est réellement et à quoi ressemble la vraie vie (besoin psychologique) ; retrouver son autonomie en s’affranchissant d’une sécurité artificielle (besoin moral).
Le besoin de Faolan : se libérer des fantômes qui hantent son esprit (besoin psychologique) ; s’affranchir de l’emprise de Torok et de la violence qu’il a ancrée en lui (besoin moral).
La complémentarité de l’objectif et de la motivation
Ce que ton personnage veut gagner : l’objectif ?
L’objectif est une notion très proche du désir, mais plus concrète. Littéralement, c’est ce que le personnage veut obtenir, ce qu’il veut gagner.
Son pendant est l’enjeu : ce qu’il a à perdre dans son aventure.
L’objectif de Frodon : détruire l’anneau unique dans la Montagne du Destin. Ses enjeux sont sa vie dans le Comté, l’équilibre de la Terre du Milieu, sa survie.
L’objectif de Truman : partir à l’aventure, loin de sa vie routinière. Ses enjeux sont son train de vie quotidien, son couple avec Meryl, sa famille, son travail, tout ce qu’il connait.
L’objectif de Faolan : retrouver sa condition d’homme après dix ans d’esclavage et se reconstruire. Ses enjeux : sa vie, sa santé psychique, sa liberté.
Pourquoi ton personnage veut atteindre cet objectif : la motivation
La motivation est ce qui pousse le personnage vers son objectif, son « pourquoi ». Elle peut être intérieure et/ou extérieure : un évènement de son passé, un dilemme en lui.
Il est important de préciser que la motivation a une place assez libre dans le schéma désir – besoin – objectif :
Parfois la révélation progressive de la motivation aide à la transition entre désir et besoin. Le désir n’est plus assez satisfaisant et le protagoniste réalise que son besoin caché permet de le rendre complet.
Parfois, la motivation enfonce le personnage plus loin dans la quête de son désir. La prise de conscience de son besoin va l’amener à faire le deuil de cette motivation.
L’impact de la motivation sur le personnage peut être autant positif que négatif.
Reprenons nos exemples :
La motivation de Frodon : son attachement au Comté et à ses proches qui y vivent, puis ses amis de la Fraternité de l’Anneau.
La motivation de Truman : son amour pour Silvia à l’université et son authenticité.
La motivation de Faolan : les violences infligées par Torok et le massacre de sa famille quand il était enfant ont créé en lui une soif de vengeance inarrêtable.
Jouer avec ces notions narratologiques
Ces quatre notions sont un excellent outil pour :
- Construire l’arc de tes personnages,
- Garder de la cohérence dans l’intrigue,
- Créer du lien entre le lectorat et tes personnages,
- Développer les thèmes de ton roman sans être trop didactique.
Cependant, elles restent des outils théoriques, abstraits.
Très utiles quand elles sont maitrisées, elles révèlent tout leur potentiel quand on apprend à jouer avec.
Si tu connais bien l’un des exemples que j’ai utilisés dans cet article, tu sais que le schéma motivation – désir – objectif – besoin n’est pas toujours respecté :
Un tel ne parviendra jamais à atteindre son objectif.
Un autre, en prenant conscience de son besoin, réalise qu’il a plus à perdre qu’à gagner.
Quand tu écris ton roman, il n’est pas nécessaire de toutes les définir avec précision pour chacun de tes personnages. Comme tout outil, elles doivent t’aider, pas te bloquer !
Ce sont avant tout des guides utiles pour construire le fil rouge de ton histoire et pour créer de la surprise dans le parcours d’un personnage.
À toi de jouer !
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