Le lexique de la relecture pro (et du monde du livres)
Abat-jour : (ou *lampshade hanging*) Technique narrative et scénaristique qui consiste à éviter que la suspension de l’incrédulité du lectorat soit brisée par un élément incohérent ou cliché. L’attention du lectorat est donc volontairement attirée sur cette « faille », soit :
– pour que son caractère évident crée un effet comique,
– pour assurer le lectorat que cet élément (coïncidence, paradoxe, incohérence) est voulu et trouvera son explication plus tard.
Cette technique complexe est à manier avec précaution.
Analepse : On la connait plus souvent sous sa traduction anglaise de flashback. L’analepse est un retour vers le passé par rapport à la temporalité de la trame principale de l’histoire. Elle reste courte, ponctuelle et n’est pas racontée. Elle est à différencier d’une narration qui alterne entre deux temporalités (une ancienne, une récente).
Cliffhanger : littéralement, « personne suspendue à la falaise ». Le cliffhanger clôt une scène ou un chapitre avec un élément inattendu, une situation d’urgence ou une (demi) information cruciale. Le lecteur reste ainsi accroché, suspendu… à l’intrigue.
Excipit : moins connu que son opposé, l’incipit, l’excipit désigne les dernières pages de l’histoire. Selon les contextes, on utilise davantage d’autres termes : la chute (pour les nouvelles), l’épilogue (pour le chapitre conclusif), le dénouement si l’on englobe une part plus large de l’intrigue, de la révélation jusqu’à la situation finale.
Foreshadowing : en français, la préfiguration. Il s’agit de faire apparaitre dans le récit des éléments qui annoncent un évènement futur. Cela peut-être un symbole représentant l’évolution du protagoniste, ou encore un indice pour une future révélation (le fusil de Tchekhov entre dans cette catégorie).
« Kill your darlings » : vient d’une expression de Faulkner « In writing, kill all your darlings ». Autrement dit, en écriture, il faut identifier les passages et éléments auxquels on s’attache, mais qui n’apportent rien à l’intrigue et même la desservent.
Incipit : La définition de l’incipit varie de la première phrase aux dix premières pages. Le terme renvoie plus souvent au premier chapitre ou prologue d’une histoire. Ce moment clé de l’intrigue permet de présenter un personnage essentiel (le protagoniste, mais pas obligatoirement), l’ambiance du roman et la promesse du récit à travers un premier enjeu.
Prolepse : On la connait aussi dans sa version anglais : le flashforward. La prolepse est une narration anticipée des évènements. Cette technique est fréquemment utilisée dans les prologues pour plonger le personnage (et le lectorat) dans une situation de danger, avant de reprendre son histoire, bien avant la menace.
Préparation/Paiement (ou set up/pay off) : Ces deux notions désignent une dynamique nécessaire au maintien de la cohérence dans toute histoire (récit littéraire ou scénario). La préparation rend un élément de l’intrigue (information, évènement, symbole) existant. Le paiement correspond au moment où cet élément devient signifiant dans l’intrigue.
Par exemple : si un personnage utilise une arme cachée sous une table, il faut en amont expliquer pourquoi cette arme est à cet endroit. (voir Foreshadowing)
Protagoniste : à ne pas confondre avec le personnage principal. S’ils sont parfois mélangés, le protagoniste est le personnage moteur de l’action, celui qui vit le conflit narratif. Le personnage principal est celui autour duquel se concentre l’intrigue.
Exemple : Dans Rebecca de Daphné du Maurier, la narratrice anonyme est la protagoniste, mais le personnage principal est Rebecca, bien qu’elle ne soit jamais présente. Dans Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton, le protagoniste est Ayden Bishop, le « joueur » amnésique qui mène l’enquête, tandis que le personnage principal est Evelyn, autour de laquelle gravitent tous les invités.
Récit : contrairement à l’histoire, constituée d’un ensemble d’évènements chronologiques liés au sujet, le récit (ou la mise en récit) est l’organisation narrative et stylistique de cette histoire. Une même histoire peut avoir une multiplicité de récits.
Sensorium : cette notion, popularisée dans le monde de l’écriture francophone par Jean‑Claude Dunyach, désigne l’ensemble des éléments qui constituent l’environnement sensoriel des personnages. Ils le rendent à la fois immersif, crédible et vivant. Le sensorium sert autant à la description, qu’à induire des informations ou même à initier des actions.
Show don’t tell : l’un des grands principes scénaristiques hérité du cinéma. Le *show don’t tell* repose sur le principe que montrer les évènements de l’intrigue (*show*) suscite plus d’émotions et d’intérêt chez le lectorat que de les rapporter ou d’énoncer ce que ressent un personnage (*tell*). En réalité, la narration navigue entre ces deux modes : le *show* permet d’impliquer le lectorat dans le processus créatif (ils interprètent, reconstituent, regroupent des informations), tandis que le *tell* est efficace pour créer des ellipses ou donner des informations secondaires.
À noter qu’il est tout à fait possible de faire du show and tell (comme dans l’introduction du premier volet de l’adaptation du Seigneur des anneaux par Peter Jackson).
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